Quand on demande aux visiteurs ce qui les a le plus surpris au Clos de Pougette, la réponse est souvent la même : les Kunekune. Nous avons 18 cochons de cette race néo-zélandaise qui entretiennent les vignes en pâturant entre les rangs, et c'est devenu une signature visuelle du domaine. Mais derrière l'image étonnante, il y a un choix agronomiquement et écologiquement réfléchi qu'on veut expliquer en détail.
Pourquoi le Kunekune et pas un autre cochon ?
C'est la question qu'on nous pose le plus. Si on avait pris une race de cochon standard (Large White, Landrace, Duroc), on aurait eu deux gros problèmes :
- Taille adulte de 200 à 300 kg : ces cochons tassent le sol, cassent les rangs, abîment le système racinaire de la vigne au sol.
- Comportement fouisseur : ils retournent la terre à la recherche de racines à manger. Catastrophique pour des ceps de vigne plantés depuis plusieurs décennies.
Le Kunekune est radicalement différent :
- Originaire de Nouvelle-Zélande, où il était élevé par les Maoris (le nom signifie « gras et rond » en maori).
- Petit adulte : 50 à 80 kg, soit 3 à 4 fois plus léger qu'un cochon standard. Il ne tasse pas le sol et ne casse rien.
- Brouteur naturel : il mange l'herbe en surface comme un mouton, sans creuser. Une partie de sa nourriture est même donnée par les feuilles et les fruits tombés, et il n'a pas besoin de fouiller la terre pour ses nutriments.
- Tempérament très doux : il n'est ni agressif ni nerveux, supporte la présence humaine, des autres animaux et des visiteurs. Pratique à manipuler au quotidien.
C'est la seule race de cochon qu'on peut sérieusement envisager dans un vignoble établi sans risquer de tout ravager.
Pourquoi 18 ?
Un troupeau de 18 individus est ce qui équilibre, pour nos 22 hectares :
- Le pâturage utile : trop peu, et l'effet sur l'enherbement est négligeable. Trop, et on surcharge les parcelles, on a besoin de complément en nourriture, et les flux de travail explosent.
- La gestion familiale : 18 cochons gérables par une équipe familiale, sans recourir à un employé dédié à l'élevage.
- La rotation entre parcelles : on peut sortir un groupe d'une parcelle et le déplacer ailleurs en fonction des saisons et de l'état du couvert végétal.
Ce n'est pas un dogme, c'est le bon dimensionnement empirique trouvé sur notre exploitation.
Le cycle annuel des Kunekune au domaine
Hiver et début de printemps : ils peuvent rester longtemps sur une même parcelle, l'herbe est rare, ils mangent les résidus végétaux et fertilisent par leurs déjections. Période où ils nous rendent le plus de service en désherbage.
Printemps tardif et été : déplacements plus fréquents entre parcelles pour suivre la pousse de l'herbe et éviter le surpâturage.
Avant véraison (mi-juillet à mi-août selon les années) : ils sont retirés des vignes pour ne pas être tentés par les baies qui commencent à sucrer. Ils basculent sur des paddocks dédiés en bordure de domaine.
Après vendanges (octobre-novembre) : ils peuvent revenir entre les rangs — il reste des résidus de grappes, des sarments, des herbes folles.
Ce que ça apporte concrètement à la vigne
Sur les parcelles concernées :
- Moins de passages de tracteur par saison pour le travail du sol → moins de carburant, moins d'émissions, moins de tassement.
- Une herbe moins agressive et plus diversifiée (les Kunekune mangent les graminées dominantes, ce qui laisse de la place à d'autres espèces — gain de biodiversité).
- Un sol plus vivant au toucher : plus meuble en surface, plus de vers de terre, meilleure infiltration de l'eau.
- Aucune dégradation visible des ceps depuis qu'on a commencé — c'était la crainte initiale, qui ne s'est jamais matérialisée grâce au choix Kunekune.
Les difficultés que ça pose
Soyons honnêtes — ce n'est pas la solution miracle :
- Surveillance quotidienne : 18 cochons, ça vit. Il faut compter chaque jour, vérifier la clôture électrique mobile, prévoir l'eau et l'abri d'ombre l'été.
- Suivi vétérinaire : protocoles sanitaires (vermifuge, vaccin), suivi des naissances éventuelles.
- Logistique des transports : déplacer 18 cochons entre parcelles demande du matériel adapté et du temps.
- Image et explication : il faut systématiquement expliquer aux nouveaux visiteurs ce qu'on fait, pourquoi, et que non, le vin n'a pas un « goût de cochon ».
Les vidéos sur Instagram
Pour voir nos Kunekune en action, on publie régulièrement sur Instagram :
Ces vidéos sont notre meilleure manière d'expliquer la pratique aux gens qui découvrent.
Ce que ça change pour le vin
La question légitime : est-ce que ça change le goût du vin ? Honnêtement : non, pas directement. Mais indirectement :
- Un sol plus vivant → des racines plus profondes → un raisin plus expressif du terroir.
- Moins de tracteur → moins de tassement → meilleur drainage → vigne en meilleure santé.
- Plus de biodiversité → meilleur équilibre face aux maladies → moins de traitements (même bio).
Sur 5 ou 10 ans, ces effets se cumulent. Nous croyons sincèrement que les Cahors qui sortiront de ces parcelles dans une décennie seront plus profonds, plus tendus, plus vivants que s'ils étaient nés d'un sol standard.
Une pratique d'avenir ?
L'élevage en pâturage extensif intégré à la culture s'appelle, dans la littérature agronomique, du silvopastoralisme ou de la culture intégrée. Cette approche est de plus en plus discutée à l'heure où la viticulture régénérative émerge comme la suite logique du bio.
Quelques vignobles précurseurs dans le monde testent des pratiques similaires : moutons en Australie et en Bourgogne, oies dans la Loire, vaches en Champagne. Le Kunekune reste plus marginal mais gagne du terrain — il y a des troupeaux en Bourgogne, dans la Loire, et chez nous dans le Lot.
En conclusion
Avoir 18 cochons Kunekune dans la vigne, ce n'est pas un gadget marketing — c'est une réponse cohérente à plusieurs questions que se pose toute viticulture bio : comment fertiliser sans engrais de synthèse ? Comment désherber sans gasoil ni glyphosate ? Comment ramener du vivant dans des sols souvent appauvris ?
Au Clos de Pougette, on le fait par conviction, par bon sens, et — il faut le dire — parce que ça apporte beaucoup de joie au quotidien. Voir les Kunekune brouter paisiblement entre les rangs au coucher du soleil, c'est une image qui fait du bien.
Pour voir tout ce que cela implique sur le plan bio, lire notre page Agriculture biologique. Et pour passer voir nos Kunekune en vrai, contactez-nous.
